Critique du film Gran Turismo : un exercice marketing rempli de drame artificiel.

PlayStation Productions présente un film surréaliste et stagnant, rempli de gimmicks maladroits

Introduction : PlayStation Productions a récemment sorti un film basé sur le jeu Gran Turismo. Cependant, cette adaptation cinématographique n’a pas su capturer l’essence du jeu et présente de nombreuses incohérences. Dans cet article, nous examinerons les points forts et les faiblesses de ce film étrange, tout en mettant en évidence les éléments clés qui n’ont pas fonctionné.

Une ouverture étrange et déroutante

Au début de Gran Turismo, notre héros, un jeune homme nommé Jann Mardenborough (Archie Madekwe), reçoit un colis. Il est clair que ce qu’il y a dans la boîte est d’une importance sacrée, puisqu’il s’agenouille pour l’ouvrir.aurait-il commandé une relique sainte ? Un fragment de la Vraie Croix, peut-être ? Mais la révélation est plutôt décevante : il s’agit d’un volant. Pas un vrai volant, évidemment, mais plutôt une version en plastique que l’on branche sur une console pour jouer à un jeu de course. Pour Jann, faire la distinction entre le virtuel et le réel serait une erreur impardonnable.

L’étrange mélange entre jeu et réalité

Cette confusion entre le jeu et la réalité se retrouve également chez Kazunori Yamauchi, le concepteur des jeux Gran Turismo sur lesquels ce film étrange s’appuie. Lors d’une soirée, Jann est assis dans un coin, sombre et mélancolique, sur son téléphone, regardant des vidéos de Gran Turismo 7. Une jeune femme, Audrey (Maeve Courtier-Lilley), s’approche et lui demande des informations sur le jeu, à quoi il répond : “Techniquement, ce n’est pas un jeu, c’est un simulateur de course.”

Ce premier exemple montre que le film ne parvient pas à captiver les spectateurs. En réalité, dans la vie réelle, rester assis dans un coin en regardant son téléphone n’est pas une tactique efficace pour se faire des amis lors d’une fête. De plus, si quelqu’un me parlait de jeux vidéo, le corriger sur les détails de la distinction entre simulation et jeu d’arcade ne serait certainement pas suivi d’une invitation à lui envoyer un message privé, comme le fait Audrey. Mais bon, Gran Turismo reste bel et bien un jeu. Sauf que maintenant, grâce au réalisateur Neill Blomkamp et aux scénaristes Jason Hall et Zach Baylin, c’est un film. Enfin, techniquement, ce n’est pas vraiment un film, c’est plutôt un simulateur de film.

Des écarts de plus en plus surprenants

Au fil du film, nous sommes confrontés à une série d’éléments étranges censés susciter l’enthousiasme des spectateurs avertis. Pendant les courses, des éléments d’interface utilisateur sont visibles : des lignes pointillées indiquant les trajectoires idéales dans les virages, des étiquettes au-dessus de la voiture de Jann qui nous indiquent sa position, et à quelques occasions, la caméra se place derrière l’échappement de sa voiture, selon l’angle que l’on retrouve dans les jeux. Cela rappelle le moment gênant dans le film Doom de 2005, où l’on voit un bref moment de violence à la première personne, destiné à faire sourire les initiés. Dans une scène, Jann, après s’être faufilé à une fête, se fait arrêter par la police et décide de leur échapper en utilisant ses compétences acquises en jouant au jeu. Lorsqu’il échappe habilement à la poursuite, un badge de félicitations apparaît à l’écran : “ÉVASION POLICIÈRE”. On a l’impression que lors de la réalisation du projet, Blomkamp s’est visiblement amusé en jouant à Burnout.

Mais le film manque de quelque chose de fondamental : une histoire captivante. Les personnages suivent des parcours prévisibles et les rebondissements dramatiques sont attendus. Le réalisateur et les scénaristes ont tracé chaque tournant et chaque obstacle à l’avance. Nous retrouvons donc les clichés habituels: le rival méchant, le crash, la crise de confiance, la victoire in extremis. Cependant, certains clichés réussissent à sauver le film. Le premier est celui du père qui ne croit pas à la passion de son fils. Interprété par Djimon Hounsou, Steven Mardenborough est une figure crédible et marquée par la tristesse. Il amène son fils à son travail dans une cour de triage ferroviaire pour lui faire peur et l’empêcher de dévier de sa voie. “Voilà où tu finis quand tu n’as pas de plan”, lui dit-il, anéantissant les espoirs de Dovetail Games, qui ne pourra probablement jamais adapter son jeu Train Sim World au grand écran.

Le deuxième cliché est celui du mentor tourmenté par les regrets et qui espère trouver la rédemption. Il s’agit de Jack Salter (David Harbour), embauché par Nissan pour former, renforcer, améliorer et, au besoin, mettre un coup de collier aux jeunes aspirants coureurs. À un moment donné, l’un des élèves s’écroule sur le côté de la route après avoir couru plusieurs tours et vomit sur l’herbe impeccablement taillée. Salter lui crie alors dessus, par le biais d’un mégaphone : “Tu as vomi sur ma pelouse”. Harbour est parfait dans ce rôle, lui qui a commencé sa carrière en jouant de manière convaincante des personnages sensibles, mais qui est ensuite devenu célèbre grâce à Stranger Things, en incarnant un père grincheux. Dans Gran Turismo, son scepticisme envers le GT Academy est une bouffée de fraîcheur. Il met un terme aux exagérations de Danny, le regardant fixement alors que ce dernier lui dit “Regarde ça d’un point de vue marketing plus élevé”. On sent qu’il se bat contre le film, essayant de rester dans une vitesse inférieure pour ralentir son élan inévitable.

Une conclusion décevante malgré quelques aspects positifs

Finalement, la tâche s’avère trop difficile pour lui. Jann doit remporter une grande victoire, conquérir le cœur de la fille, vaincre son rival impitoyable, Nicholas Capa, qui conduit une Lamborghini dorée arrosée de sponsoring Moët & Chandon, convaincre son père et nous vendre la puissance des rêves grâce à Gran Turismo (disponible dès maintenant sur PlayStation 5). À la fin, nous avons même droit à un extrait de “God Moving Over the Face of the Waters” de Moby. Soyons sérieux, la dernière fois que nous avons entendu cette chanson, c’était dans Heat, alors que Robert De Niro était affalé près d’un terminal à l’aéroport de LAX, après avoir été blessé par Al Pacino. Ici, dans un contexte beaucoup moins intense, on ne peut s’empêcher d’être gêné.

Cependant, le voyage de Jann vers la première place n’est pas totalement dénué de mérite. Saluons le travail du directeur de la photographie, Jacques Jouffret, pour ses magnifiques gros plans sur les tissus, les boucles et les pistons. Et cette superbe prise de vue depuis l’aile avant, alors que la nuit tombe sur Le Mans et que la caméra se précipite dans une pluie de phares. C’est la même attention minutieuse que les jeux Gran Turismo portent aux détails de leur sujet. En 2014, Sony a sorti un documentaire intitulé KAZ: Pushing The Virtual Divide, dans lequel nous voyons le modeste créateur de la série à Willow Springs, accroupi et admirant la lumière de la Californie, car elle l’aide à capturer la texture de l’asphalte. Un tel défi attendait Blomkamp : non seulement réaliser un film à partir d’un jeu, mais aussi maîtriser le regard et la paternité d’un maître dans un médium sans contrainte temporelle ni besoin de drame artificiel, qui a réussi à créer un jeu à partir de quelque chose de réel. Comme le dit Salter : “Tu sais que si tu as un accident ici, tu ne peux pas réinitialiser, n’est-ce pas ?” Dommage.

Conclusion : Le film Gran Turismo, produit par PlayStation Productions, tente de transformer un jeu vidéo en film, mais échoue en raison de ses incohérences et de son mélange étrange entre le virtuel et le réel. Malgré quelques aspects visuels réussis, le film ne parvient pas à offrir une histoire captivante et utilise des clichés prévisibles pour tenter de captiver le public. En fin de compte, cette adaptation cinématographique ne parvient pas à recréer la magie du jeu et laisse les spectateurs sur leur faim.

Source : www.eurogamer.net

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